La plus belle rivière de France

 


Voici ce que la plus belle rivière de France m'a murmuré :

 

"Dans la mémoire des galets qu'éclaire mon eau vive et claire, est inscrite l'histoire séculaire de ce lieu, de ce moulin, des ses habitants. Moi, la Dronne, qui court et coule et glisse en embrassant par deux côtés le Moulin de la Pauze, en cette année 2005, je suis inquiète ; c'est pour cela que je me dois de vous parler :

 

JE ME SOUVIENS ... Ils n'étaient pas nombreux, arrivaient parfois par deux petits gués qu'ils devinaient faciles à emprunter, s'accroupissaient si près de moi pour tailler pieux ou cornes de cervidés ; un ou deux pêchaient dans mon eau vive quelque grosse tanche ; puis ils repartaient en ayant soin de garder précieusement les plus belles pierres, rondes et douces à leurs mains rugueuses. Haches polies, petits grattoirs, sont encore cachés là, sous le sable de ma rive.

 

Écoutez les éclats de voix qui proviennent de la hutte du passeur, bien plus tard, presque au même endroit : les Celtes chevelus vont et viennent, me rendent hommage en jetant dans mes eaux tantôt sages, tantôt agitées, des armes tordues pour favoriser ma protection, car divinité suis-je alors pour eux.

 

Six siècles ont passé. Sur le site de la Pauze, qui porte bien son nom, voici le passage obligé pour relier les deux rives habitées. Quelques aménagements ont été apportés avec les premiers barrages et biefs de retenue. J'en vois du monde, traverser "l'aïgassou" et emprunter "le pas-du-roi" ! Dans les petits secrets que je veux bien vous confier, à l'abri de mes reflets d'argent, voyez tous ces objets émouvants, fabriqués par la main des Hommes au fil du temps, au fil de l'eau : clés, clous, fers à vaches, à cheval, éperon de cavalier ; suspension de lampe ; carreau d'arbalète ; couteaux ; et encore tous ces outils qui me rappellent tant de charpentiers, de paysans, de tailleurs de pierres, sans oublier les "flotteurs de bois" !

 

Ils passaient tous auprès du petit Moulin Blanc à une roue. Que de rires, de propos échangés, de disputes parfois et, hélas, de drames, lorsque le charroi ou la carriole versait dans mes folles eaux glaciales d'hiver, sous les yeux des premiers meuniers installés dans leur "bateau de pierre", ancré solidement dans mon lit.

 

A l'époque de la belle Aliénor, et même au temps du Navarrais, nostre Henry, le moulin noir qui produisait de l'huile, le moulin blanc et les métairies avec le four à pain, appartenaient à l'Abbé de la Peyrouse, à Saint Saud Lacoussière, bien loin des villageois de Saint Méard et de ses meuniers en servage.

 

Alors métayer en ce moulin, en 1710, voici que surgit mon premier Jean MAZEAU ! Je n'aurais pu imaginer que dix générations de Mazeau, tous meuniers, d'abord dans d'autres moulins puis ici, à la Pauze, allaient suivre après celui-là. Que d'évènements, autour de cette dynastie de la farine ! Depuis 1749, presque chaque mariage voit un meunier Mazeau épouser ... une fille de meunier des alentours, et il y eut plus "d'arrangements" que d'histoires d'amour, croyez-moi.

 

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